Bouillie bordelaise : dosage, quand traiter et sur quelles plantes

Jardinier traitant des arbres fruitiers au pulvérisateur dans un verger

La bouillie bordelaise est le fongicide le plus connu des jardiniers français. Cette poudre bleue à base de sulfate de cuivre neutralisé par de la chaux protège la vigne, les arbres fruitiers et le potager contre le mildiou, la cloque et la tavelure. Mais c’est aussi un produit à manier avec méthode : mal dosée ou appliquée au mauvais moment, elle devient inefficace, phytotoxique, et elle charge le sol en cuivre. Voici comment l’utiliser correctement.

Qu’est-ce que la bouillie bordelaise ?

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Mise au point à la fin du XIXe siècle dans le vignoble bordelais pour lutter contre le mildiou de la vigne, la bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux éteinte. La chaux neutralise l’acidité du sulfate : sans elle, la solution brûlerait le feuillage.

Le principe actif est le cuivre métal. Les produits vendus aux jardiniers amateurs en contiennent le plus souvent autour de 20 % de leur poids : c’est cette teneur, indiquée sur l’emballage, qui sert de base à tous les calculs de dose.

Comment agit-elle : un fongicide de contact, uniquement préventif

C’est le point que la plupart des jardiniers ratent. La bouillie bordelaise ne pénètre pas dans la plante. Elle forme un film protecteur à la surface des feuilles, des rameaux et des fruits, qui empêche les spores de germer au contact de l’humidité.

  • Elle protège ce qui est sain, elle ne soigne pas ce qui est déjà atteint.
  • Elle ne protège que les organes existants au moment du traitement : les nouvelles pousses qui apparaissent après ne sont pas couvertes.
  • Elle est lessivée par la pluie : une averse importante après l’application annule la protection.

Conséquence pratique : traiter une tomate déjà couverte de taches de mildiou ne sert à rien. Le seul intérêt est de protéger les feuilles et les fruits encore sains, et encore, si les conditions redeviennent sèches.

Contre quelles maladies ?

CultureMaladie viséePériode clé
Vigne, tomate, pomme de terreMildiouPrintemps et été humides
Pêcher, nectarinierCloque du pêcherChute des feuilles + gonflement des bourgeons
Pommier, poirierTavelureFin d’hiver, avant floraison
Arbres fruitiers à noyauChancres, maladies bactériennesAutomne, après la chute des feuilles
Fruitiers en généralMoniliose (effet partiel)Automne et fin d’hiver

En revanche, la bouillie bordelaise est sans effet sur l’oïdium (le feutrage blanc des courgettes, rosiers ou vignes) : c’est le soufre qui traite cette maladie. Elle n’a également aucune action insecticide : elle ne fait rien contre les pucerons, les chenilles ou les araignées rouges.

Quand traiter : le calendrier

Deux fenêtres structurent l’année au verger, et elles suffisent dans la plupart des jardins :

  1. À la chute des feuilles, en automne (novembre selon les régions) : le traitement désinfecte les cicatrices laissées par les feuilles, portes d’entrée des chancres et de la cloque.
  2. À la fin de l’hiver, au gonflement des bourgeons (stade dit « bourgeon gonflé », avant l’ouverture) : c’est le passage décisif contre la cloque du pêcher et la tavelure.

Ces deux passages s’intègrent naturellement dans le calendrier de taille des arbres fruitiers : on traite après avoir taillé, une fois les plaies faites.

Les moments où il ne faut jamais traiter

  • Pendant la floraison : c’est une règle de protection des pollinisateurs, et beaucoup de produits cupriques portent d’ailleurs une mention réglementaire l’interdisant.
  • En plein soleil ou par forte chaleur : risque de brûlure du feuillage.
  • Par vent ou juste avant une pluie : dérive et lessivage.
  • Sur abricotier en végétation : cette espèce est réputée sensible au cuivre, on s’en tient au traitement d’automne sur bois nu.

Dosage : lire l’étiquette avant tout

Il n’existe pas un dosage universel. La dose légale est celle de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du produit que vous avez acheté : elle figure sur l’emballage, culture par culture, et elle s’exprime en grammes de produit par litre d’eau ainsi qu’en quantité de cuivre métal par hectare et par an.

Sur les produits pour jardin amateur, on rencontre couramment des concentrations de l’ordre de 10 à 20 g de poudre par litre d’eau selon la culture et la période (dose plus forte sur bois nu en hiver, plus faible en végétation). Mais deux marques n’ont pas la même teneur en cuivre : ne transposez jamais un dosage lu ailleurs.

Préparer la bouillie correctement

  1. Remplissez le pulvérisateur à moitié d’eau tiède.
  2. Délayez la poudre à part dans un peu d’eau pour obtenir une pâte sans grumeaux, puis versez.
  3. Complétez le volume, agitez, et utilisez la préparation dans la journée : elle ne se conserve pas.
  4. Pulvérisez en pluie fine, dessus et dessous les feuilles, jusqu’au point de ruissellement sans excès.
  5. Rincez le pulvérisateur aussitôt : le cuivre est corrosif pour les buses et les joints.

Portez des gants, des lunettes et un masque : la poudre est irritante. Et respectez le délai avant récolte indiqué sur l’emballage.

Ses limites : pourquoi il faut en utiliser le moins possible

Le cuivre est un métal : contrairement à une matière organique, il ne se dégrade pas. Il s’accumule dans les premiers centimètres du sol, où il finit par affecter la vie souterraine, à commencer par les vers de terre et les micro-organismes. Il est également classé dangereux pour les organismes aquatiques.

C’est cette accumulation qui explique l’encadrement réglementaire de plus en plus serré du cuivre en Europe : nous détaillons ce cadre, et ce qu’il change concrètement pour un jardinier, dans notre article la bouillie bordelaise est-elle interdite ?

La bonne pratique tient en une phrase : la bouillie bordelaise est un filet de sécurité, pas un entretien de routine. Avant d’y recourir, on joue sur les variétés résistantes, l’aération des plants, le paillage qui évite les éclaboussures de terre, l’arrosage au pied plutôt que sur le feuillage, et le ramassage des feuilles malades. Les alternatives sans cuivre couvrent aujourd’hui une bonne partie des usages du jardin.

Questions fréquentes

La bouillie bordelaise est-elle autorisée en agriculture biologique ?

Oui, les composés cupriques figurent parmi les substances utilisables en agriculture biologique, dans des quantités plafonnées. Autorisé en bio ne veut donc pas dire inoffensif ni illimité : c’est précisément la substance bio la plus surveillée.

Peut-on traiter les tomates à la bouillie bordelaise ?

Oui, en préventif contre le mildiou, en respectant la dose et le délai avant récolte de l’étiquette. Mais l’abri contre la pluie, l’espacement des plants et l’arrosage au pied sont bien plus déterminants. Si le feuillage jaunit sans taches brunes typiques, la cause est probablement ailleurs : voyez pourquoi les feuilles de tomates jaunissent.

Combien de temps la bouillie bordelaise reste-t-elle efficace ?

Tant que le dépôt bleu reste visible et que la plante n’a pas produit de nouvelles pousses. Une pluie soutenue la lessive ; une forte poussée végétative la rend caduque sur les organes neufs.

Pourquoi mes feuilles ont-elles bruni après le traitement ?

C’est une phytotoxicité : dose trop forte, traitement en plein soleil, ou espèce sensible au cuivre (abricotier notamment). Rincez à l’eau claire si le traitement est très récent, et revoyez la dose au passage suivant.

La bouillie bordelaise se conserve-t-elle ?

La poudre sèche se garde plusieurs années dans son emballage fermé, au sec. La bouillie préparée, non : elle se dégrade en quelques heures et bouche les buses. Ne préparez que le volume nécessaire.

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