Bouillie bordelaise interdite ? Ce que dit vraiment la réglementation

Vigne chargée de raisins et de feuilles vertes en fin d'été

« La bouillie bordelaise va être interdite » : la rumeur revient chaque printemps sur les forums de jardinage. La réalité est plus nuancée, et surtout plus précise. Le cuivre n’est pas interdit ; il est réapprouvé au niveau européen, mais fortement encadré, et plusieurs produits cupriques ont bel et bien perdu leur autorisation en France. Voici l’état réel du dossier, textes à l’appui, et ce que cela change dans un jardin.

Non, la bouillie bordelaise n’est pas interdite

Pas le temps ? Obtenez un résumé de l'article :

Le cuivre reste une substance active approuvée dans l’Union européenne. Le règlement d’exécution (UE) 2018/1981 du 13 décembre 2018 l’avait renouvelée pour sept ans à compter du 1er janvier 2019. Cette approbation a ensuite été prolongée par le règlement d’exécution (UE) 2025/1489 du 24 juillet 2025.

Autrement dit : vous pouvez toujours acheter et utiliser de la bouillie bordelaise homologuée pour le jardin. Ce qui change, ce sont les doses, les conditions d’emploi et la liste des produits effectivement autorisés.

Ce que dit précisément la réglementation

Une substance « candidate à la substitution »

Depuis 2018, le cuivre est classé candidat à la substitution. C’est un statut réglementaire particulier : la substance reste autorisée, mais les autorités doivent chercher activement à la remplacer par des solutions moins préoccupantes. Ce classement explique à lui seul la trajectoire des dernières années.

Le plafond de 28 kg sur 7 ans

Le texte européen n’autorise que les usages conduisant à une application totale maximale de 28 kg de cuivre métal par hectare sur sept ans, soit une moyenne de 4 kg/ha/an. Les États membres peuvent fixer un plafond annuel strict de 4 kg/ha.

En France, le ministère de l’Agriculture précise que les autorisations de mise sur le marché retiennent soit ce plafond annuel de 4 kg/ha, soit la limite globale de 28 kg sur sept ans : c’est l’AMM du produit, donc son étiquette, qui fait foi. Le « lissage » d’une année sur l’autre n’est possible que si l’AMM du produit le prévoit explicitement. En agriculture biologique, le règlement (UE) 2019/2164 a supprimé cette possibilité de lissage.

Le tour de vis français de 2025-2026

Le 15 juillet 2025, l’Anses a publié ses décisions concernant 34 produits à base de cuivre. Plusieurs autorisations ont été retirées ou restreintes, avec des conditions d’emploi renforcées : interdiction de traiter pendant la floraison, délai minimal entre deux applications, distances de sécurité vis-à-vis des habitations et des points d’eau. Ces restrictions s’appliquent à partir du 15 janvier 2026, les produits concernés restant utilisables jusqu’au 15 janvier 2027 au titre de l’écoulement des stocks.

Ce mouvement vise d’abord les usages agricoles intensifs, la viticulture en particulier, où le cuivre est appliqué sur de grandes surfaces et de manière répétée. Il a donné lieu à plusieurs questions parlementaires au Sénat et à l’Assemblée nationale en 2025 et 2026.

Ce que ça change concrètement pour un jardinier amateur

Trois conséquences pratiques, sans dramatiser :

  1. Vérifiez que votre produit est toujours autorisé. Un bidon acheté il y a cinq ans peut correspondre à une AMM retirée depuis. L’emballage porte un numéro d’AMM : c’est la référence à contrôler.
  2. Relisez l’étiquette à chaque saison. Les doses par culture et le nombre maximal d’applications ont pu être revus à la baisse sur les nouveaux conditionnements.
  3. Comptez votre cuivre. Le plafond de 4 kg/ha/an correspond, ramené à un potager, à environ 4 g de cuivre métal pour 10 m² et par an. Avec une poudre dosée à 20 % de cuivre, cela représente à peu près 20 g de produit sur cette surface : c’est peu, et beaucoup de jardiniers dépassent ce seuil sans le savoir.

À l’échelle d’un jardin, le calcul est vite fait : deux passages annuels bien placés sur quelques arbres fruitiers restent largement dans les clous, un traitement systématique tous les quinze jours sur tout le potager, non.

Pourquoi cet encadrement ? Le cuivre ne disparaît pas

La raison est simple : le cuivre est un métal, il ne se dégrade pas. Ce qui est pulvérisé finit dans le sol et s’y accumule, année après année, dans l’horizon de surface — précisément là où vivent les vers de terre, les champignons du sol et les micro-organismes qui font la fertilité. Il est également classé dangereux pour les milieux aquatiques.

C’est ce caractère cumulatif, et non une toxicité aiguë pour l’utilisateur, qui motive les restrictions. Le paradoxe est connu : c’est l’un des rares fongicides utilisables en bio, et c’est aussi celui qui pose le problème environnemental le plus durable.

Comment s’en passer, ou presque

Dans un jardin, la marge de manœuvre est bien plus grande que dans un vignoble. Les leviers qui fonctionnent :

  • Choisir des variétés résistantes (tomates tolérantes au mildiou, pommiers peu sensibles à la tavelure).
  • Aérer : espacer les plants, tailler pour ouvrir la ramure, supprimer les feuilles basses des tomates.
  • Arroser au pied, jamais sur le feuillage, et de préférence le matin.
  • Pailler pour empêcher les spores du sol de rejaillir sur les feuilles.
  • Ramasser et évacuer les feuilles et fruits malades, qui sont le stock d’inoculum de l’année suivante.
  • Utiliser les préparations de renfort : purin de prêle, purin d’ortie, ou du soufre mouillable sur les maladies que le cuivre ne traite pas.

Notre panorama complet des alternatives à la bouillie bordelaise détaille chacune de ces solutions, avec leurs limites. Et si vous continuez à en utiliser, notre guide sur le dosage et le calendrier de traitement vous aidera à ne traiter que quand c’est utile.

Questions fréquentes

Peut-on encore acheter de la bouillie bordelaise en 2026 ?

Oui. Des produits cupriques homologués pour le jardin amateur restent commercialisés. Ce sont certaines AMM qui ont été retirées ou modifiées, pas la substance elle-même.

Que faire d’un vieux bidon dont le produit n’est plus autorisé ?

Ne le jetez ni à la poubelle ni à l’évier. Les produits phytosanitaires non utilisables se rapportent en déchetterie ou aux points de collecte prévus pour les déchets dangereux des ménages.

Le cuivre est-il autorisé en agriculture biologique ?

Oui, dans la limite des quantités fixées par la réglementation européenne, et sans possibilité de lissage pluriannuel depuis le règlement (UE) 2019/2164.

Jusqu’à quand le cuivre est-il approuvé ?

L’approbation européenne a été prolongée par le règlement d’exécution (UE) 2025/1489 du 24 juillet 2025. Une nouvelle évaluation interviendra avant son échéance : la trajectoire réglementaire va clairement vers la réduction, pas vers le statu quo.

Sources

  • Règlement d’exécution (UE) 2018/1981 de la Commission du 13 décembre 2018 (renouvellement de l’approbation des composés du cuivre).
  • Règlement d’exécution (UE) 2025/1489 de la Commission du 24 juillet 2025 (prolongation de l’approbation).
  • Règlement (UE) 2019/2164 (suppression du lissage pluriannuel en agriculture biologique).
  • Ministère de l’Agriculture, « Questions / réponses : l’utilisation du cuivre en agriculture », agriculture.gouv.fr.
  • Anses, décisions du 15 juillet 2025 relatives aux produits phytopharmaceutiques à base de cuivre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *