Bouturer un rosier : la méthode de fin d’été, étape par étape

Mains plantant une bouture dans un pot en terre cuite

Bouturer un rosier, c’est obtenir gratuitement un pied identique à celui que vous aimez, à partir d’un simple rameau. La fin de l’été est la meilleure fenêtre de l’année pour s’y mettre : le bois de la saison a commencé à durcir, il contient encore assez de réserves, et le sol reste chaud plusieurs semaines. Voici la méthode, ses points de vigilance, et ce qu’il faut savoir avant de se lancer.

Quand bouturer un rosier

Pas le temps ? Obtenez un résumé de l'article :

La période de référence va de la fin août à la fin septembre. On parle de bouture semi-aoûtée, ou semi-ligneuse : le rameau de l’année n’est plus tendre et vert, il commence à se lignifier et à brunir à sa base, sans être encore du vieux bois.

Le test est simple et se fait à la main. Pliez le rameau : s’il casse net avec un petit bruit sec, il est bon. S’il plie sans casser, il est encore trop tendre. S’il résiste comme du bois dur, il est trop avancé.

Une seconde fenêtre existe en plein hiver, de novembre à février, avec des boutures de bois sec plantées directement en pleine terre. Elle est plus lente et donne des résultats plus irréguliers, mais elle a un avantage : elle utilise les rameaux issus de la taille de fin d’hiver, qui partent sinon au broyeur.

Choisir le bon rameau

Prélevez sur un pied sain, jamais sur un rosier marqué de taches noires ou couvert de pucerons : une bouture ne fait que reproduire ce qu’elle a reçu, faiblesses comprises.

Le rameau idéal est une tige de l’année qui vient de porter une fleur, de la grosseur d’un crayon, ni la pousse chétive de l’intérieur du buisson ni le gros gourmand vertical. Coupez le matin, quand la plante est gorgée d’eau, et mettez immédiatement les tiges dans un seau avec un fond d’eau ou dans un sac plastique fermé. Une bouture qui se déshydrate pendant le trajet jusqu’à l’établi a déjà perdu la moitié de ses chances.

Préparer la bouture

Sur chaque rameau, préparez des segments de quinze à vingt centimètres portant trois à quatre yeux.

  1. En bas, coupez juste sous un œil, à ras. C’est à cet endroit que les tissus sont les plus riches en cellules capables de fabriquer des racines.
  2. En haut, coupez à cinq millimètres environ au-dessus d’un œil, en biseau.
  3. Retirez toutes les feuilles du bas ainsi que les épines sur la portion qui sera enterrée.
  4. Ne gardez en haut qu’une ou deux feuilles, et réduisez-les de moitié aux ciseaux. Il faut assez de feuillage pour que la bouture continue de travailler, mais pas assez pour qu’elle se dessèche par évaporation avant d’avoir des racines.
  5. Supprimez tout bouton floral. Une bouture qui essaie de fleurir ne fait pas de racines.

L’hormone de bouturage est facultative sur le rosier, qui s’enracine plutôt bien. Elle accélère et régularise la reprise, sans être indispensable. Si vous en utilisez, trempez seulement la base sur un centimètre et tapotez pour retirer l’excédent.

Le substrat et la mise en place

Le point le plus important, et celui que l’on rate le plus souvent : le substrat doit être drainant et pauvre. Un terreau riche fait pourrir la base avant qu’elle n’ait raciné. Un mélange à parts égales de terreau et de sable grossier, ou de terreau et de perlite, convient très bien.

Ne plantez jamais en enfonçant directement la bouture : vous racleriez les tissus de la base. Faites d’abord un trou au crayon, glissez la bouture sur la moitié à deux tiers de sa longueur, puis tassez fermement autour avec les doigts. Le contact entre la tige et le substrat doit être parfait, sans poche d’air. Arrosez ensuite abondamment une fois, pour finir de plaquer le mélange.

Placez plusieurs boutures dans le même pot, en les espaçant de quelques centimètres : cela occupe moins de place et permet de faire le tri à la reprise.

L’étouffée : indispensable

Une bouture n’a pas de racines : elle ne peut pas remplacer l’eau qu’elle perd par ses feuilles. Il faut donc lui fabriquer une atmosphère saturée en humidité. Une bouteille plastique transparente coupée et posée par-dessus, une cloche, ou un sac transparent maintenu par des tuteurs pour qu’il ne touche pas le feuillage : tout fonctionne.

Installez le tout à la lumière mais jamais au soleil direct. Sous une cloche en plein soleil, la température monte très vite et les boutures cuisent en une après-midi. Le pied d’un mur exposé au nord, ou sous un arbre clair, sont des emplacements parfaits.

Aérez quelques minutes deux à trois fois par semaine pour évacuer l’excès de condensation et limiter les moisissures, et retirez sans attendre toute feuille tombée qui pourrit sur le substrat.

Combien de temps, et comment savoir si ça marche

Comptez en général quatre à huit semaines avant l’apparition des premières racines, selon la variété et la température.

La tentation est grande de tirer sur la bouture pour vérifier. Ne le faites pas : vous cassez les racines naissantes, qui sont extrêmement fragiles. Les vrais signes sont ailleurs :

  • les feuilles conservées restent fermes et vertes au bout de plusieurs semaines ;
  • de nouvelles pousses apparaissent aux yeux du haut ;
  • la bouture résiste légèrement si vous exercez une très douce traction.

Une bouture qui noircit à la base a pourri, généralement par excès d’eau ou substrat trop riche. Une bouture qui se dessèche d’un coup a manqué d’humidité ambiante, ou a pris le soleil. Retirez-les au fur et à mesure pour éviter la contamination des voisines.

Passer l’hiver, puis planter

Ne repiquez pas des boutures fraîchement racinées juste avant les froids. Laissez-les dans leur pot, à l’abri : sous un châssis, contre un mur exposé au sud, ou dans un local hors gel et lumineux. Réduisez fortement les arrosages, sans jamais laisser le substrat se dessécher complètement.

Au printemps suivant, quand la reprise est franche, repiquez chaque bouture dans un pot individuel, puis attendez l’automne suivant pour la mise en place définitive. Un rosier issu de bouture met deux à trois ans à donner une floraison comparable à celle d’un pied acheté en conteneur : c’est le prix de la gratuité.

Deux points que l’on passe souvent sous silence

La bouture donne un rosier franc de pied, et c’est un avantage

Les rosiers vendus en jardinerie sont presque tous greffés sur un porte-greffe. C’est ce qui explique les fameux gourmands, ces tiges vigoureuses au feuillage différent qui partent sous le point de greffe et finissent par étouffer la variété si on ne les arrache pas.

Une bouture, elle, produit un rosier franc de pied : la plante entière est la variété, racines comprises. Plus de gourmands à surveiller, et si le pied gèle jusqu’au sol, ce qui repart est toujours votre variété. En contrepartie, la croissance des premières années est plus lente, et certaines variétés délicates poussent mieux greffées sur un porte-greffe robuste.

Toutes les variétés ne sont pas librement multipliables

Beaucoup de roses récentes sont protégées par un certificat d’obtention végétale. Bouturer pour votre propre jardin ne pose pas de difficulté, mais la multiplication en vue de vendre ou de commercialiser ces variétés protégées n’est pas libre. Si vous envisagez de produire des plants pour autre chose qu’un échange entre voisins, renseignez-vous sur le statut de la variété.

Et la bouture dans une pomme de terre ?

L’astuce circule beaucoup : planter la bouture dans un tubercule de pomme de terre avant de mettre le tout en terre, la pomme de terre étant censée nourrir la bouture et lui garder de l’humidité.

Soyons honnêtes sur ce point : c’est une méthode peu fiable. Une bouture ne se nourrit pas d’un tubercule, elle n’a pas de racines pour cela, et l’amidon de la pomme de terre est surtout un milieu favorable aux pourritures. Le tubercule maintient effectivement une humidité constante, ce qui explique les réussites rapportées, mais un substrat drainant sous cloche fait le même travail sans le risque de fermentation. Si vous voulez essayer par curiosité, faites-le en parallèle d’une série classique, et comparez.

C’est d’ailleurs vrai de la plupart des astuces de bouturage : les principes qui marchent sont toujours les mêmes, quelle que soit la plante. Nous les avons détaillés à propos des erreurs à éviter en bouturant le romarin, et pour les plantes d’intérieur dans notre article sur le bouturage de l’arbre de jade dans l’eau.

Questions fréquentes

Peut-on bouturer un rosier dans un verre d’eau ?

C’est possible mais peu recommandé. Les racines formées dans l’eau sont fragiles et supportent mal le passage en terre. Le rosier réussit nettement mieux directement en substrat drainant.

Combien de boutures faut-il faire ?

Prévoyez largement. Même en soignant chaque étape, une partie des boutures échoue toujours. En préparer six à dix pour espérer trois ou quatre pieds est une proportion raisonnable.

Peut-on bouturer un rosier grimpant ?

Oui, exactement de la même manière. Prélevez sur un rameau latéral de l’année plutôt que sur une longue tige charpentière. Vous trouverez les particularités de ce type de rosier dans notre guide du rosier grimpant.

Faut-il un mini-serre chauffante ?

Pour une bouture de fin d’été en extérieur, non : la chaleur résiduelle du sol suffit. Une chaleur de fond n’a d’intérêt que pour les boutures réalisées en hiver sous abri.

Photo : Anna Shvets (Pexels).

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