Cul noir de la tomate (nécrose apicale) : causes et solutions

Bouquet de tomates vertes sur le pied dans un potager

Une tache brun-noir, sèche et enfoncée, sous vos tomates : c’est le cul noir, ou nécrose apicale. Contrairement à ce qu’on croit souvent, ce n’est ni une maladie, ni un champignon, ni une carence du sol : c’est un accident physiologique, presque toujours lié à l’irrégularité de l’arrosage. La bonne nouvelle, c’est qu’il se corrige en quelques jours — et qu’aucun traitement n’est nécessaire.

Reconnaître la nécrose apicale

Pas le temps ? Obtenez un résumé de l'article :

  • La tache se situe toujours à l’extrémité du fruit, à l’opposé du pédoncule (l’« apex », d’où le nom).
  • Elle débute par une zone translucide ou détrempée, puis devient brune à noire, sèche, coriace et légèrement creusée.
  • Elle est sèche au toucher : pas de moisissure, pas de pourriture molle, pas d’odeur.
  • Elle touche les fruits, jamais les feuilles.
  • Elle atteint souvent les fruits d’un même bouquet, formés au même moment.

Elle n’est pas contagieuse : elle ne se transmet ni d’un fruit à l’autre, ni d’un plant à l’autre. Chaque fruit atteint l’a été pendant sa propre phase de croissance.

Ne pas confondre

SymptômeDiagnostic
Tache noire sèche et creusée sous le fruitNécrose apicale (cul noir)
Tache brune huileuse, feutrage gris, tiges noirciesMildiou : voir traitements au cuivre
Pourriture molle et humide qui s’étendPourriture, souvent après blessure
Plage jaune ou blanchâtre sur le côté exposéCoup de soleil
Fentes concentriques ou radialesÉclatement, voir plus bas

La vraie cause : le calcium n’arrive pas

Le calcium est indispensable à la construction des parois cellulaires. Il circule dans la plante avec le flux d’eau, et il est très peu mobile une fois déposé : il ne peut pas être redistribué d’un organe à l’autre.

L’extrémité du fruit en pleine croissance est le point le plus éloigné de la racine, et celui qui transpire le moins : c’est donc le dernier servi. Dès que le flux d’eau se réduit ou devient irrégulier, les cellules de cette zone ne reçoivent plus assez de calcium, s’effondrent, et la nécrose apparaît.

D’où le point essentiel : dans l’immense majorité des jardins, le calcium est présent dans le sol. Ce n’est pas la disponibilité qui pose problème, c’est le transport. Ajouter de la chaux, des coquilles d’œufs ou un engrais calcique ne résoudra rien.

Les facteurs déclenchants

  • Arrosage irrégulier : la cause numéro un. Alternance de périodes sèches et d’arrosages massifs.
  • Fortes chaleurs : la plante ferme ses stomates, le flux de sève ralentit, le calcium ne monte plus.
  • Culture en pot : faible réserve d’eau, dessèchement rapide. Les tomates en contenant sont les plus touchées.
  • Excès d’azote : il pousse la croissance foliaire, qui capte l’eau et le calcium au détriment des fruits.
  • Racines abîmées : binage trop profond, repiquage tardif, sol tassé.
  • Variétés allongées (type roma, cornue des Andes) : structurellement plus sensibles.

Que faire, concrètement

  1. Retirez les fruits atteints. Ils ne guériront pas ; les laisser épuise le plant pour rien.
  2. Régularisez l’arrosage : c’est le vrai correctif. Copieux et espacé plutôt que léger et quotidien, toujours au pied. Les repères précis sont dans notre guide arroser les tomates.
  3. Paillez sur 5 à 10 cm : c’est le geste qui stabilise l’humidité du sol, donc le flux de calcium. Voir quel paillage pour le potager.
  4. Suspendez les apports azotés : passez au purin de consoude, riche en potasse, plutôt qu’au purin d’ortie.
  5. Ombrez en cas de canicule : voir protéger son jardin de la canicule.
  6. Ne binez pas en profondeur près des pieds : les racines superficielles sont vite abîmées.

Les fruits qui se formeront après la correction seront sains. C’est le signe que le diagnostic était bon.

Le cousin du cul noir : la tomate qui éclate

Même origine, symptôme inverse. Quand une période sèche est suivie d’un arrosage massif ou d’un gros orage, la chair gonfle brutalement mais la peau, formée pendant la phase sèche, ne suit pas : elle craque.

  • Fentes radiales (partant du pédoncule) : gonflement rapide.
  • Fentes concentriques (en cercles autour du pédoncule) : souvent lié à de fortes amplitudes de température.

Le remède est le même : régularité et paillage. Récoltez les fruits fendus rapidement — ils restent parfaitement consommables mais s’abîment vite — et cueillez avant un gros orage annoncé si les tomates sont proches de la maturité.

Questions fréquentes

Peut-on manger une tomate atteinte de cul noir ?

Oui : il suffit de retirer la partie nécrosée. Ce n’est ni un champignon ni une bactérie, le reste du fruit est sain. Vérifiez simplement qu’aucune pourriture secondaire ne s’est installée sur la plaie.

Les coquilles d’œufs broyées servent-elles à quelque chose ?

Très peu à l’échelle d’une saison : le calcium des coquilles se libère extrêmement lentement, et le problème n’est de toute façon pas la quantité de calcium présente mais son transport. Régulariser l’arrosage est infiniment plus efficace.

Le cul noir touche-t-il d’autres légumes ?

Oui : poivrons, piments, aubergines, courgettes et pastèques peuvent présenter le même accident, pour les mêmes raisons.

Faut-il arracher un plant qui fait du cul noir ?

Surtout pas. Retirez les fruits touchés, corrigez l’arrosage et paillez : le plant continue de produire normalement. Si le feuillage jaunit également, le diagnostic est peut-être ailleurs : voir tomates, feuilles jaunes.

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